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“Transporteur indépendant… C’est un métier de passionné !”

Nous avons été reçus entre deux voyages par Bernard Marlet, transporteur indépendant et passionné des camions et de la route. Grâce son récit, nous avons pu découvrir l’univers des routiers indépendants, un métier de plus en plus difficile mais qui a toujours un bel avenir. En route !

Koalaboox

Koalaboox : Bonjour Bernard, merci de nous recevoir chez toi. La première chose que nous voulions te demander, c’est tout simplement comment es-tu devenu transporteur ?

Bernard Marlet : J’ai toujours eu la passion des camions, mais je ne suis devenu transporteur que bien après mes 40 ans ! Après avoir travaillé de nombreuses années dans le secteur social, je suis devenu chauffeur salarié. Après avoir exercé ma profession dans des secteurs variés, je me suis finalement installé comme transporteur indépendant.

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Interview_Bernard_Marlet_Koalaboox_Jonathan_AvauEn visite chez Bernard Marlet, transporteur indépendant

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KB : On peut donc dire que tu as commencé « tard » ta seconde carrière ?

BM : A mon époque, c’était naturel de devenir salarié pour une société. L’entrepreneuriat n’avait pas la cote comme maintenant. Il y a deux ans, mon dernier employeur m’a licencié pour raisons économiques. J’ai alors été engagé comme travailleur intérimaire dans la société agricole pour laquelle j’effectuais déjà des transports. Après plusieurs mois, j’ai compris qu’il n’y avait aucune perspective pour moi de décrocher un CDI…

La difficulté de retrouver un emploi convenable avec un contrat solide, vu mon âge et surtout ma volonté de poursuivre une vie professionnelle, m’a encouragé à «  franchir le pas » et à m’installer comme indépendant.

 

KB : Pourrais-tu partager avec nous un défi que tu as eu à surmonter dans ton parcours d’entrepreneur ?

BM : J’ai mis beaucoup de temps à me relever de mon dernier licenciement… Les sous-entendus à propos de mon âge comme arguments pour me refuser un poste convoité ne sont pas faciles à encaisser quand on a encore l’envie et le courage de travailler…

Soutenu par mon entourage et la volonté farouche de poursuivre ma vie professionnelle, d’aller au bout de ma passion, je me suis finalement lancé dans ce projet, malgré les nombreuses difficultés.

 

KB : Lesquelles par exemple ?

BM : Convaincre les banques qui ne font pas confiance au secteur du transport, c’est le plus difficile. Multiplier les démarches administratives, obtenir l’aide et les renseignements adéquats, prendre les décisions les plus judicieuses possibles, s’entourer de personnes de confiance…les exemples ne manquent pas. Une fois toutes ces étapes franchies, l’acquisition de clients dans un secteur hyper-concurrentiel tel que le transport est un fameux challenge également!

 

Rencontre_Bernard_Marlet_Koalaboox_Jonathan_Avau

 

KB : As-tu eu des difficultés pour avoir tes premiers clients ?

BM : Non, car je connaissais très bien le secteur concerné. Mais au vu de l’évolution permanente du métier et de la concurrence grandissante, il faut rester attentif à garder une certaine compétitivité.
Je suis aussi très soucieux de privilégier les contacts humains et le sens du service. Comme dans tout secteur, ça reste important.

 

KB : Justement, en quoi ton métier a-t-il évolué ses dernières années ?

BM : Pour n’en retenir que trois, je dirais en premier lieu la concurrence par rapport aux chauffeurs des pays dits « de l’Est » est bien réelle. La cohabitation n’est pas toujours aisée.  Pourtant je peux dire que j’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer des gens intéressants, partageant le même amour du métier. Malheureusement, certains d’entre eux sont soumis à des conditions de travail très rudes, imposées par des employeurs peu scrupuleux. Pour moi, c’est une forme d’esclavage moderne cautionné par les lois européennes.

Le dumping social, quel que soit le secteur où il est pratiqué, peut mettre en difficulté le travailleur belge. Il faut harmoniser la législation pour tous les travailleurs européens.

Second exemple, chez nous, la taxe kilométrique qui nous a été imposée en 2016, vu son coût, est aussi un obstacle supplémentaire . Un exemple concret : 15 euros pour 100 km parcourus sur des routes parfois en très mauvais état… faites le compte !

Enfin, l’évolution de la circulation routière, de plus en plus dense et le manque de fair-play de certains usagers de la route, nécessite une attention de tous les instants ; les exigences par rapport aux services des transports telles que les délais de livraison et la diversité des marchandises transportées sont de plus en plus nombreuses. Certaines journées de travail sont réellement éprouvantes.

 

KB : Si tu pouvais faire évoluer la condition des transporteurs en Belgique, que ferais-tu ?

BM : Au-delà des problèmes et difficultés communes à tous les indépendants, j’harmoniserais la fiscalité du travail entre les états membres de l’Europe. Fin de la concurrence déloyale, du contournement des lois et de conditions de travail insoutenables pour certains d’entre eux !

Je pense qu’il est aussi grand temps de redorer l’image que l’on se fait du routier… Nous ne sommes pas tous des « gros-bras », sans cervelle, inconscients des dangers de la route  et de ses usagers. La majorité des chauffeurs  poids-lourds adoptent une conduite prudente et défensive face au comportement quelquefois dangereux, voire inconscient, d’autres usagers de la route…

Il est utile aussi de rappeler que nous sommes tous soumis à une législation stricte et à des contrôles réguliers : temps de conduite et de repos, vérification des conditions de transport et du poids de la marchandise, état du véhicule, documents de bord et licence de transport, validité du permis de conduire, visites  médicales… Nous suivons également des formations diverses et des remises à jour du code de la route.

 

Transport_Marlet_Koalaboox

 

Tu as évoqué la difficulté d’avoir des clients et d’affronter la concurrence. Quel avantage vois-tu d’être transporteur indépendant ?

BM : Je peux organiser mes journées de travail comme je l’entends. Je ne suis pas soumis au même stress que le chauffeur salarié qui doit « rendre des comptes » à son patron et est surveillé en temps réel par celui-ci (rentabilité oblige), ce qui entraîne parfois des comportements inadéquats voire dangereux. Je peux choisir de refuser certains transports, éviter la conduite  “à vide” et limiter les kilomètres quand c’est possible.

 

KB : Si tu avais un conseil à donner à quelqu’un qui souhaite se lancer comme indépendant dans le transport, lequel serait-ce ?

BM : Garde bien les pieds sur terre et sur la pédale (rires), ce ne sera pas facile tous les jours, malgré ton amour de la route et du métier. » Même en-dehors de ton camion, reste très rigoureux, notamment en ce qui concerne la gestion administrative : les documents de transport doivent être bien en ordre et tenus à jour, c’est un souci en moins quand on est sur la route. Établis tes horaires et tes déplacements de manière très stratégique, pour limiter tes kilomètres et éviter de rouler “à vide”.

Pense à faire des pauses de temps en temps…

Avant de te lancer, réfléchis. Il est primordial de prendre le temps de bien s’informer, de s’entourer de personnes efficaces et compétentes, de choisir le véhicule qui correspondra le mieux au type de transport que tu auras à effectuer. Il faut aussi ne pas avoir peur des imprévus qu’il faudra savoir gérer soi-même. Il est essentiel également de veiller à garder une bonne hygiène de vie.

et après… Bonne route !

Koalaboox

 

KB : Pour terminer, Bernard, quel moment particulièrement important de ta vie de transporteur souhaites-tu partager avec nous ?

BM : Je me souviens avec une certaine émotion du premier matin où je suis parti au volant de mon propre camion…Je ressentais un réel bonheur et une certaine fierté d’avoir atteint mon objectif. Aujourd’hui, j’éprouve toujours le même plaisir à me mettre en route et j’aime particulièrement les départs à l’aube : un sentiment de liberté m’habite alors et, quand le soleil se lève, je me sens léger et enthousiaste…

 

Bernard_Marlet_Koalaboox_team_Jonathan_Avau

Bernard et la Koala Team (enfin… un petite partie)

 

Crédits photos : Koalaboox