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En faire plus pour les entrepreneurs, c’est son boulot !

Pensions, droit-passerelle, 2e pilier, l’été 2016 aura été celui des bonnes nouvelles pour les droits des indépendants. Alors, début d’une vraie révolution ou simples effets d’annonce ? Suite aux nombreuses questions que vous nous avez envoyées, nous avons souhaité demander directement au ministre fédéral belge des indépendants et PME Willy Borsus (MR) ce qui attendait les indépendants après la rentrée 2016-2017. Entretien.

 

Situé au dernier étage de la tour de la Régie des Bâtiments à Bruxelles, quelque part entre la Porte de Hal et l’Avenue Louise, c’est au cabinet du ministre Willy Borsus que se décide une grande partie des mesures qui toucheront les entrepreneurs de Belgique. Alors que la rentrée politique s’annonce encore plus chaude que la canicule qui a sévi en Belgique la semaine dernière, le ministre des indépendants et PME a tout de même pu nous recevoir à son cabinet, le temps d’un entretien.


Rencontre Koalaboox (Jonathan Avau) - Willy Borsus, ministre des entrepreneurs


KoalaBoox (KB)
: D’habitude l’été est la période propice pour faire passer des mesures moins populaires, mais une fois n’est pas coutume, nous avons pu constater l’inverse ; et en plus ce sont les indépendants qui en profitent. Ils sont nombreux à nous demander si c’est le début d’une longue série.

Willy Borsus (WB) : Améliorer, renforcer le statut et le contexte professionnel des indépendants, TMPE et PME c’est mon boulot ! Et vu qu’il s’agit d’un des objectifs prioritaires de l’accord de gouvernement, je peux vous dire que ça va continuer. Regardez, comme vous avez pu le constater il y a quelques semaines, les entrepreneurs peuvent à présent disposer d’un droit-passerelle qui sera prochainement élargi à la cessation d’une activité pour raisons économiques, d’une pension minimum égale à celle des salariés ou prochainement souscrire à une assurance 2e pilier pour les personnes physiques (plus de détails ici). Tout bientôt, au 1er janvier, le congé maternité des jeunes mamans indépendantes va passer de 8 à 12 semaines, soit les 3 semaines habituelles auxquelles elles pourront ajouter de 5 à 9 semaines facultatives, qu’elles pourront prendre à temps plein ou à temps partiel. Totalement innovant car le dispositif est adapté à la situation de l’indépendant tout en étant très souple.

Koalaboox

A relire : Willy Borsus sensible à l’appel des femmes, dans  lesoir

Mais comme vous avez bravé chaleur et embouteillages, je vous livre déjà, en bonus, un projet prévu pour 2017 : Rendre plus facile la création de groupement d’employeurs. Simple en France, très compliqué en Belgique. Nous travaillons de près avec nos voisins français qui sont en avance sur la question afin de définir un cadre juridique précis pour la Belgique.

Comme annoncé également, nous allons encore faire des efforts d’allégement des charges patronales ainsi qu’une diminution des cotisations sociales. Elles sont passées de 22% à 21,5% en 2016,  elles passeront à 21% en 2017 et en 2018 à 20,5%. Une baisse constante donc qui va s’inscrire dans la durée.


Conférence de Mr. Willy Borus, ministre des indépendants et PME

 Koalaboox


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. Excusez-moi de vous interrompre : vous parlez de baisses des charges, mais qu’en est-il du soutien financier ? Les PME se plaignent à juste titre de l’accès de plus en plus difficile au financement (notamment de la part des banques) ce qui les gênent dans leur croissance, voire carrément les faire tomber en faillite suite à une trésorerie momentanément délicate. Cette situation va-t-elle rester la bête noire des entrepreneurs ?

WB : Nous souhaitons modifier la loi de 2013 pour l’accès au financement d’’ici à 2017. Elle est actuellement en cours d’évaluation. Des modifications sont prévues au niveau des présentations de garanties aux banques. Mais c’est un gros chantier pour harmoniser l’accès au financement qui varie fortement selon les secteurs. Pour l’HORECA ou le bâtiment, les banques restent très frileuses.

Nous avons mis en place des modes de financement alternatifs comme le Tax Shelter pour les PME, l’augmentation des déductions d’impôts ou le crowdfunding. Nous devrions bientôt connaître les premiers résultats de ces projets lancés en 2015. En cas de retour favorable, nous prévoyons d’élargir les déductions dans le temps et à davantage de sociétés.


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. Ce sont des super nouvelles, mais sont-elles suffisantes pour inverser le sentiment qui prédomine au niveau des d’indépendants et PME : La politique gouvernementale actuelle (mais également lors de la précédente législature) semble largement favoriser les grandes entreprises et multinationales au détriment des plus petits acteurs.

WB : C’est une idée qu’il est effectivement difficile de balayer du revers de la main. Ce sentiment provient de l’impôt sur les sociétés, renforcé par le sentiment que les grosses compagnies multinationales sont systématiquement avantagées car elles disposent de services entièrement dédiés à l’optimisation fiscale, à l’inverse du petit indépendant qui se sent parfois victime des « humeurs » de l’administration.

Nous avons eu des cas forts médiatisés de sociétés ne payant qu’1 euro d’impôt par an. Déjà ce n’est pas vrai, et ça fait oublier qu’il existe toute une série de possibilités pour les PME d’également optimiser leur fiscalité. Mais ces moyens ne sont pas toujours pas bien connus du public malgré nos efforts. Il en va de notre responsabilité au gouvernement d’améliorer cette visibilité pour ces moyens, pensez au Tax shift pour les PME, l’exonération totale des cotisations sociales patronales principales à vie sur le premier travailleur engagé, le doublement de la déduction fiscale pour investissements … D’autre part, nous allons lancer la grande réforme de l’isoc avec 2 orientations : compétitivité des entreprises et soutien aux PME.

Notons également que des mesures sont développées pour défendre  les entreprises  et indépendants belges  contre la concurrence déloyale. Par exemple, nous avons mis en œuvre un vaste plan de dumping social, dont nous attendons les premiers résultats en 2017 et qui devraient atténuer cette concurrence.

Koalaboox

A relire : L’UCM réclame un plan de bataille contre le dumping social, dans  Logo Lalibre.be


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. Dans tous les cas nous constatons que le nombre d’indépendants et la création d’entreprises sont tous deux en augmentation en Belgique. Une bonne nouvelle qui contredit un peu ma question précédente, mais à quoi est-ce dû alors ?

 WB : D’après Trends Tendance, le nombre de créations d’entreprises et l’augmentation du nombre d’indépendants nous ramènent à une situation d’avant crise (ndlr 2008). J’ai donc’ impression que le climat est bon du côté des indépendants et des entrepreneurs (rires).

Koalaboox

Evolution (2008-2015) du nombre de créations d’entreprises

Année 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Nombre de créations 66.887 63.375 69.720 72.020 71.595 69.678 91.137 80.408
Taux de croissance annuel (en%) – 5,25% 10,01% 3,30% -0,59% -2,68% 30,80% -11,77%

Source : Eurostat via cabinet Borsus

Paradoxalement, nous vivons une période à la fois anxiogène (crise économique, sécuritaire, …), marquée par un manque d’emplois dans de nombreux secteurs, mais en même temps extraordinaire pour entrepreneuriat tant les possibilités deviennent infinies, notamment grâce à la révolution numérique.


Fonder son entreprise tout en continuant ses études sera bientôt possible en Belgique

Lancer son entreprise pendant ses études sera désormais beaucoup plus facile

La Belgique demeure encore fort un pays d’« employés » par rapport à ses voisins européens. Mais nous constatons qu’un climat favorable à entrepreneuriat, comme voie de développement professionnel et personnel, s’est installé aussi chez nous.

Grâce aux mesures prises ces dernières années, les gens commencent à prendre conscience qu’en se lançant comme indépendants ou en créant leur société, ils sont de mieux en mieux mieux protégés et soutenus. Ils ont donc moins peur de se lancer et c’est à nous de soutenir ce climat exceptionnel.

A relire : Le statut Etudiant-Entrepreneur, ou quand l’unif devient un vivier d’entreprise sur  RTBF.be_2010.svg


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 : La question bonus : Depuis toujours la relation (du moins perçue) entre la PME et la TVA fiscale n’est pas très bonne. Si d’aucun ne remet en cause ses devoirs vis-à-vis de la société, le sentiment de se faire punir constamment pour la moindre erreur, le moindre reste prédominant. Avez-vous des idées ou propositions pour améliorer ou adoucir cette relation ?

WB : Quel contribuable aime son fisc ? Heu, je n’en connais pas encore (rires). Sérieusement c’est un travail difficile que mes prédécesseurs et moi-même cherchons à améliorer au quotidien. Pour le moment nous avons lancer un grand conciliabule (infos ?) qui permet aux administrés indépendants de faire remonter leur attentes et besoins afin de nous permettre d’évaluer au mieux cette relation et lancer des solutions fortes, notamment en matière de simplification administrative et de transparence.

Mais nous allons y arriver, ça je le sais.


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 : Merci beaucoup Mr. Borsus pour toutes ces informations. Bon à notre tour de retranscrire cet entretien de la manière la plus simple et transparente pour nos lecteurs. Mais nous allons y arriver, n’est-ce pas ?

WB : Maintenant que vous connaissez le chemin de mon bureau, n’hésitez pas à repasser si vous avez d’autres questions ou si vous souhaitez relayer les questions de vos collaborateurs. C’est pour ça que je suis là.


Cabinet de Willy Borsus, ministre des indépendants et PME