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L’entreprise Gailly, une affaire de famille en or

Nous avons rencontré les membres de la PME familiale belge « Gailly ». Une belle occasion de plonger dans le quotidien d’entrepreneurs unis par les liens de la famille, mais aussi par un monde professionnel en plein bouleversement. Entre chamailleries, solidarités, clients et charges sociales… mais comment font-ils ? Rencontre.

 

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En visite chez Gailly, entreprise familiale située du côté de Braine l’Alleud

 

Koala Jo : Bonjour Ana (la maman), Anaïs (l’aînée) et Steve (le papa). Merci de nous recevoir. Ensemble, vous dirigez ce que l’on peut appeler une PME familiale ? Était-ce prédestiné ou un coup du destin ?

Steve : Oui et non. Gailly SA, c’est une entreprise créée par mon père en 76 ! Au départ, c’était une toute petite PME bruxelloise active dans la plomberie. A la fin de mes études, ma mère étant malade, mon père devait gérer seul l’entreprise. Vu que je connaissais un peu son business, il m’a dit de suite « Tu viens ! et… « Je suis venu »… et j’ai travaillé avec mon père pendant 10 ans puis repris et développé Gailly (toitures, électricité…).

Ana : Pour ma part, j’ai rejoint mon mari (Steve) qui était déjà dans l’entreprise. Bon, je l’avoue, j’ai claqué la porte après 2 mois… Trop dur de travailler avec les beaux-parents !!! (rires) J’ai été travailler dans un cabinet d’avocats pendant plusieurs années puis, lorsque mon mari a repris l’entreprise, je suis revenue. Honnêtement, j’ai beaucoup hésité. J’ai dû faire un vrai choix de vie. C’était l’occasion d’être plus proche de ma famille, d’avoir des horaires plus flexibles pour m’occuper de mes enfants, de mieux nous organiser, bref, d’améliorer notre qualité de vie à tous. Et le constat après toutes ces années est que je n’ai aucun regret.

Anaïs : Pour ma part, vers la fin de mes études de marketing, papa (Steve, donc) m’a dit qu’un poste qui se libérait dans l’entreprise. Je faisais déjà mes jobs étudiants dans la boite familiale, donc je connaissais les rouages. Et me voilà à travailler dans un bureau en face de… maman (Ana, vous suivez toujours ?). Elle s’occupait de la comptabilité et moi des RH et de la facturation.

 

KJ : La question que nous avons tout de suite envie de vous poser c’est : Travailler en famille, c’est comment ?

Anaïs (l’aînée) : Allez, je me lance ! Le plus dur ce sont les critiques des patrons. Ce n’est déjà pas facile tout court, mais quand tes supérieurs sont en plus tes parents… Il faut arriver à gérer… Je ne vous cache pas qu’il y a eu quelques disputes, claquages de portes, mais au final on s’en sort bien, non ?

Ana : Tout à fait. Travailler en famille, c’est ne pas avoir peur de se prendre la tête, tout en étant capable de laisser ces sujets hors de la maison. Il faut bien scinder le privé et le professionnel. On essaie de ne pas parler du boulot le soir, mais ce n’est pas toujours facile…. Et comme l’a dit Anaïs, il faut savoir accepter la critique de l’autre. Steve est un véritable ours ! C’est une crème avec le reste de l’équipe et les clients, mais avec sa famille, il prend moins de gants.

Steve : J’accepte la critique ! Je prends même ça pour une qualité. D’ailleurs on est toujours là à travailler ensemble !

 

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« Quand tes 2 patrons sont aussi tes parents, pas toujours facile d’accepter la critique… », Anaïs

 

Anaïs : Autre élément sympa, lorsque l’on se réuni en famille, on n’a pas besoin de parler boulot vu que tout le monde est déjà au courant de tout ! C’est chouette on peut enfin parler d’autres choses (rires).

 

KJ : La PME Gailly existe depuis plus de quarante ans. Est-ce un avantage de travailler en famille ? Un gage de longévité ?

Steve : Quand on est entrepreneur, on n’a pas le temps de s’attarder à toutes les tâches nécessaires au bon fonctionnement de sa société. C’est d’ailleurs pour cela que l’on engage des employés. Mais lorsque l’on a des employés qui manipulent vos chiffres, votre trésorerie, vos contrats… souvent des matières que vous ne maîtrisez pas vous-même, il faut avoir confiance. Avec la famille, disons que cette confiance est plus facile à gérer.

Ana : On a une confiance énorme l’un envers l’autre, c’est sûr que c’est un avantage non négligeable. Notre vie est liée à celle de la boîte, en quelque sorte….

Anaïs : Je dirai que l’on a aussi davantage de conscience professionnelle. Comme l’a dit maman, notre avenir direct à tous est lié à la santé de la société. C’est une partie importante de notre vie, pas seulement une obligation de présence de 9h à 17h30 avec un salaire mensuel qui tombe automatiquement.

Steve : Par contre, pour vous reprendre, je ne suis pas sûr que ce soit un gage de longévité…

 

Steve_Gailly_Koalaboox_meeting

« Diversifier ses clients et évoluer avec leurs attentes, deux éléments clés du succès d’une PME », Steve

 

KJ : Du coup comment avez-vous fait pour traverser ces décennies ?

Steve : Nous avons su évoluer avec les attentes et demandes de nos clients (syndics d’immeubles, entreprises, associations de propriétaires…). Par exemple, nous avons été parmi les premiers à proposer des contrats périodiques de maintenance. A l’époque, au milieu des années 90, c’était novateur. Ces contrats nous ont garantis des revenus fixes, ce qui nous a permis de mieux anticiper nos développements futurs. On s’est fait un portefeuille de clients réguliers et on a pu étendre nos services à d’autres activités.

Ana : On a encore des contrats de 1989 toujours actifs ! C’est collector aujourd’hui ! Lorsque l’on a commencé ces services de maintenance, on faisait encore des contrats tacites (verbaux) !

 

KJ : Le secret de votre réussite en quelque sorte ?

Steve : Pas seulement ! Nous réalisons toutes nos interventions avec nos propres équipes. Nous offrons une plus grande souplesse à notre clientèle. A l’heure où tout évolue vers la sous-traitance, nous avons choisi la qualité d’un service de proximité et à la carte comme marque de fabrique. Nos coûts de fonctionnement sont plus élevés, c’est sûr, mais les besoins et attentes des clients sont mieux considérées.

Ana : Avez-vous déjà géré un planning de maintenance de bâtiment avec de la sous-traitance ? Fait intervenir plusieurs sociétés issues de plusieurs corps de métiers différents ? Sans accro ? C’est très difficile… Un seul interlocuteur pour une multitude de services, c’est devenu un élément très recherché par les entreprises.

Steve : Je peux prendre votre exemple, Koalaboox. Vous êtes une société de services informatiques, mais qui propose un service de suivi du client personnalisé, avec de vrais interlocuteurs qui vous aident et vous conseillent. C’est un avantage non négligeable que beaucoup recherchent mais que de moins en moins d’acteurs proposent… Nous on aime (clin d’œil tendancieux envers l’interviewer).

 

KOalaboox_Gailly

 

KJ : Merci 😊. Et aujourd’hui, face à quels enjeux une PME comme la vôtre est-elle confrontée ?

Steve : Sans hésiter, le plus dur ce sont les charges sociales… On se bat pour garder notre personnel. Malgré un gouvernement « pro-PME », les effets positifs se font attendre et nous restons très frileux à engager… à chaque fois. Nos investissements sont très, très mesurés et calculés à cause de ça. Les charges sociales ont un peu diminué, mais ce n’est pas énorme non plus.

Ana : Il y a aussi la surcharge de travail, les normes de plus en plus strictes, qui se mettent à jour constamment, il faut suivre, se former, former ses équipes… Chaque année on paie des formations à nos ouvriers pour qu’ils restent légalement à niveau. Mais s’il y a une évolution positive que j’ai remarqué, c’est que les administrations sont devenues plus souples, plus compréhensibles avec nous. Ils font la démarche de nous appeler s’ils constatent un problème, ils s’adaptent un peu mieux à notre situation pour réclamer des documents ou des paiements.

Anaïs : En résumé, ils ne nous voient plus comme : « les indépendants sont ceux qui essaient toujours de ne pas payer ». Mais bon on reste en période de crise, ce n’est pas Rock N’Roll non plus…

Steve : Je ne suis pas sûr que ce soit la crise. Honnêtement, celle de 2008 a été plus douce, dans le sens que l’on a pu se préparer ou anticiper ne fut-ce qu’un peu. Lors des crises du Golf, je me souviens, c’était du jour au lendemain que le téléphone s’est arrêté de sonner… Ce qui est pénible, c’est la difficulté à se projeter dans le futur. Tout peut bouger très vite, dans un sens comme dans l’autre.

 

KJ : Et la dernière question que nous souhaitions vous poser : Peut-on encore se lancer comme indépendant dans votre secteur ? Est-ce possible ? Avez-vous des conseils à donner ?

Steve : En tant qu’entrepreneur, je pense que c’est tout à fait possible, mais il faut être acharné et se donner « X » années d’esclavage avant d’avoir une situation stable et de pouvoir déléguer des pans entiers de sa société.

Ana : Ouf… Aujourd’hui, démarrer de rien c’est quasi suicidaire… Enfin, non, c’est vrai qu’il y en a qui arrivent à bien mener leur barque. Mais ils ne gagnent plus aussi facilement et rapidement de l’argent qu’avant. Nous remarquons que les entrepreneurs se lassent et tiennent moins longtemps qu’auparavant. Les années en or sont derrière nous.

Anaïs : Je n’ai pas connu personnellement cette période, mais maman m’expliquait qu’il y a encore quelques années, presque tout se payait en cash. Imaginez des clients qui venaient régler en liquide des factures de plusieurs dizaines de milliers d’euros (ou centaine de milliers de francs à l’époque) dans des enveloppes. Aujourd’hui tout est facturé au format électronique, il n’y a plus de largesses possibles. Tout est rationalisé, encodé, taxé… les bénéfices liés à la croissance ont fondu. Nous avons la chance de vivre sur de solides acquis, mais pour quelqu’un qui se lance…

Steve : Si je peux donner un conseil, basé de notre propre expérience : Il FAUT diversifier ses clients, sinon vous vous exposez à de gros risques. Je suis étonné du nombre de confrères qui arrivent, ou du moins osent, travailler avec seulement quelques gros clients. Le jour où ils en perdent un seul, c’est la cata et ils sont étonnés que rien ne va plus ! Après, je suis d’accord, diversifier c’est plus facile à dire qu’à faire….

 

KJ : Quel regard portez-vous sur le travail que vous avez accompli ?

Ana : Au début on a tous ramés. Ce n’était pas évident tous les jours, comme les choix de vie dont je vous ai parlé. Mais aujourd’hui c’est gratifiant tout ce travail,

Steve : Je continue encore d’eng.. mon père. Il me surveille là, dans son cadre sur mon bureau, juste en face de moi. Souvent je le regarde et je lui dis : « Regarde-moi ça, mais qu’est-ce que tu me fais ch… » (dit-il avec un grand sourire !).

 

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Anaïs, Steve & Ana (le 4e, le cadet étant sur le terrain pendant notre rencontre, c’est le gardien des lieux qui le remplace).

Photos : Lucile Dizier