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Il nous reste 7 ans pour inverser la tendance !

Quelle sera la place accordée par aux indépendants et aux (T)PME dans la stratégie politique du nouveau gouvernement wallon ? C’est ce que nous avons demandé directement au Ministre-Président Wallon Willy Borsus. Réponses à toutes les questions que vous vous posez directement dans cet entretien fleuve. C’est parti !

 

Koalaboox en visite automnale à l’Elysette (Namur)

 

Koalaboox : Mr. Borsus, avec l’arrivée du nouveau gouvernement et d’une nouvelle majorité en Wallonie, peut-on s’attendre à une nouvelle ligne politique concernant les indépendants et PME, avec des changements concrets à la clé ?

Willy Borsus :  Bien entendu. J’ai une relation affective avec les indépendants et les PME. Leur rôle dans l’économie est absolument central, nous en sommes tous conscients. Mais comme nous venons d’arriver en milieu de législature, nous disposons d’un temps assez limité pour mettre en œuvre les réformes de la nouvelle majorité (MR-CDH) d’ici aux prochaines élections (2019).

 

KB : Puisque selon vous les indépendants et (T)PME jouent un rôle central dans l’économie, quelle action politique devrait être prioritaire en Wallonie ?

WB : Le premier grand changement sera tout simplement un changement de priorité. Nous entendons mettre en priorité le volet socio-économique, en soutenant l’emploi et nos pépinières entrepreneuriales, en rendant du pouvoir d’achat à nos indépendants pour leur donner des capacités d’investissements et donc, nous l’espérons, de soutenir l’emploi. Mais tout cela ne sera pas possible sans un autre changement, celui de l’état d’esprit, résolument tourné vers l’entrepreneuriat.

 

Selon moi, l’enjeu politique du développement et de (l’aide à) la réussite des entrepreneurs se décline autour de plusieurs piliers :

 

  1. 1. Le soutien de la culture de l’entrepreneuriat ;

 

  1. 2. Permettre aux entrepreneurs de grandir dans les meilleures conditions (ex. lutte contre le dumping social, soutenir l’innovation…) ;

 

  1. 3. Encourager nos entreprises à se tourner vers l’international (pas que de proximité mais aussi lointain) ;

 

  1. 4. Faciliter la transmission de l’entreprise. On parle toujours de création, c’est normal, mais il faut aussi faciliter le processus sur la transmission.

 

Gouvernement_Wallon_article_Koalaboox

Le nouveau gouvernement wallon (août 2017)

 

KB : Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’actions qui vont être mises en place ?

WB : Nous avons commencé à travailler sur les deux problèmes les plus souvent mentionnés par les indépendants : la complication administrative et les éléments de charges. Nous voulons que les entreprises aient du temps pour elles-mêmes, pour leur travail et leur créativité et non perdre du temps en demandes et attentes. A très court terme, nous allons déjà simplifier les aides et le nombre d’intervenants destinés à venir en appui aux entrepreneurs. Nous souffrons en Wallonie d’un nombre trop important d’intervenants et cela déforce cette mission d’aide et d’appui, malgré les compétences et la bonne volonté des tous les acteurs. Les aides et les possibilités offertes par la Région aux entrepreneurs sont parfois devenues illisibles.

Autre changement que vous allez rapidement percevoir : la réforme, et donc l’amélioration, des aides à l’emploi. Il s’agit de changements engrangés par l’équipe précédente, celle de Mme Tillieux, et que nous poursuivrons et évaluerons pour apporter les modifications nécessaires.

 

Le calcul simplifié du coût de l’emploi, c’est pour quand ?

 

KB : Peut-on imaginer un jour de pouvoir calculer simplement le coût de l’emploi en ajoutant un pourcentage de charges sociales au salaire brut, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays européens – et à supprimer en contrepartie la multitude de programmes d’aides à l’emploi. ?  Face à la complexité des mesures d’aides à l’emploi ce sont les petits entrepreneurs qui sont défavorisés…

WB : C’est vers là que nous voulons aller, ce sera la future tendance. Mais ce ne sera malheureusement pas une réalité pour demain.  D’une part, cette complexité provient des nombreuses négociations sectorielles.  Et d’autre part, il faut tenir compte du fait que nous sommes dans un état fédéral ce qui complique la mise en œuvre de ces mesures.  Mais, je vous rejoins totalement, c’est le moment !

 

 

KB : Et les relations avec ces acteurs ? Lors de notre précédent entretien, nous avions déjà évoqué ensemble le besoin de simplifier et améliorer la relation entre indépendants et administration.

WB : C’est un vrai tournant qui va se passer en Région Wallonne ! Tout va aller plus vite pour l’indépendant. Les aides, comme celles à l’emploi, doivent arriver plus vite. Aujourd’hui, c’est parfois tellement long que même pour le bénéficiaire, ça peut devenir un problème. Nous allons agir à deux niveaux : d’abord en généralisant des délais de rigueur pour l’administration. De quel droit le législateur, celui qui fixe les règles, puisse être le premier à ne pas les respecter ?

Ensuite en rendant transparent un certain nombre de processus administratif comme suivre en temps réel ses demandes à l’administration, par exemple, un permis de construire, l’état d’avancement d’une demande, d’une aide… Cela se fait déjà ailleurs, pourquoi pas dans l’administration ?

 

KB : La petite remarque qui fâche : On reproche toujours au gouvernement de favoriser les plus grosses entreprises au détriment des PME et indépendants, que répondez-vous à cela ?

WB : Si le modèle salarial et les grandes entreprises comme seul moteur de l’économie est resté longtemps le centre de toutes les attentions, ça a bien changé. Mais il y a une situation indéniable que les décideurs ne peuvent outrepasser : Si l’on compte en Belgique 1% de « grosses » entreprises pour 99% de PME, TPME et d’indépendants, ce « 1% » d’entreprises, représente toujours 65% de l’emploi privé, c’est énorme ! Nous ne pouvons pas ne plus nous y intéresser non plus.

 

 

KB : Quelles sont les forces et les faiblesses de l’entrepreneuriat wallon par rapport au reste du pays et nos voisins européens ?

WB : Nous avons une très grande diversité d’entrepreneurs, créatifs, réactifs et actifs, aussi bien dans les nouvelles technologies que dans l’industriel ou l’artisanat. Le territoire wallon est petit, proche de tout, que ce soit des pays, des institutions, des entreprises. Notre diversité nous maintient fort. Regardez ce qu’il s’est passé ces dernières années (Caterpillar…) Quand une grosse entreprise ou un secteur souffre, voire s’éteint, ça fait (très) mal, mais à l’échelle régionale, finalement on parvient à garder le cap, contrairement à d’autres régions européennes qui restent chroniquement attachées à une seule entreprise ou un seul secteur économique.

 

Améliorer l’accès au financement de croissance

 

Koalaboox : Concernant l’accès au financement pour les entreprises en croissance, nous avons l’impression que pour lever du capital important, les entrepreneurs doivent aller à l’étranger, par exemple à Londres, à Paris ou à Berlin.  Qu’en pensez-vous ?

Willy Borsus : Nous avons mis en place des nouveaux outils comme le Tax Shelter, qui permettent d’aider une société à ses débuts, mais c’est vrai que les montants restent assez limités. (Le Tax Shelter, limité à 250 000 EUR, NDLR). Il existe aussi de nombreux outils régionaux qui peuvent aider au démarrage ou au développement (AWEX, … NDLR), mais je reconnais que nous avons un travail à mettre en place pour le capital de croissance. Nous en sommes bien conscients, c’est en cours de réflexion.

 

 

KB : Du coup, quel diagnostic posez-vous sur l’entrepreneuriat wallon ?

WB : Je crois aux chiffres. 9000 ! C’est le nombre d’entreprises créées en 15 ans. L’évolution est donc positive, mais relativement modeste. En termes de développement économique et de création d’emplois, malgré une légère amélioration, structurellement on n’a pas assisté au décollage de la Région, ou du moins sûrement pas de ce que l’on est en droit d’attendre. Le chômage reste énorme (290 000 personnes qui ne travaillent pas, ndlr). Nous avons 7 ans pour changer la tendance avant que le mécanisme de financement de la solidarité nationale (qui s’adaptera selon la santé des régions) ne se grippe.

“7 ans… ça nous laisse à la fois le temps pour inverser la tendance positivement, mais c’est en même temps très court….”

 

KB : L’augmentation du nombre d’entrepreneurs en Wallonie ne change-t-il pas la donne ?

WB : Même s’il s’est fort médiatisé, et c’est tant mieux, le mouvement reste encore modeste en Belgique car il est relativement récent. Si aujourd’hui vous posez la question « Voulez-vous devenir entrepreneur ? » à une classe de secondaire aujourd’hui et une classe d’il y a 15 ans, je suis certain qu’ils seront plus nombreux aujourd’hui à répondre par l’affirmative.

Ce qui doit encore évoluer selon moi, c’est le regard des autres. On envie celui qui réussit, mais on stigmatise trop vite celui qui rate, contrairement à la culture anglo-saxonne.

 

 

KB : Comment pensez-vous qu’il serait possible d’inverser la tendance en si peu de temps ?

WB : Pour moi la priorité (même si ce n’est pas ma compétence directe en tant que Ministre-Président), c’est de réformer l’enseignement et de mettre le paquet sur l’autonomisation des élèves, les préparer à la vie qui les attend aujourd’hui, dont l’intérêt pour l’entrepreneuriat. Pourquoi notre niveau d’enseignement diminue, malgré le super boulot de nos enseignants, pédagogues et directeurs ? Selon moi il faudrait faire un pacte d’excellence puissance 10 ! Est-il raisonnable de continuer à pousser puis former des gens qui sortent compétents d’une filière qui ne mène à rien après ? Selon moi, non. Ensuite, toutes les formations vont être revues/retravaillée pour qu’elles viennent combler les postes manquants actuellement.

Alors, on m’oppose souvent ce raisonnement : « regardez le marché du travail : 40 personnes pour 1 emploi ! Comment faire ? C’est impossible ! » Ben non, il y a beaucoup de secteurs et d’entreprises qui recrutent, mais qui ne trouvent pas. Et ce qui est dramatique et que peu de gens savent, c’est que ces entreprises stoppent à se développer pas car elles savent qu’elles ne trouveront pas. Elles se privent donc de grandir et de créer des emplois car elles savent que c’est vœux pieux.

Créer des possibilités !!!!!

 

Willy Borsus ©Stephane Laruelle_Koalaboox

 

Crédits photos : Koalaboox, Stéphane Laruelle