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« J’ai commencé la création de meubles simplement par passion »

Nous avons été invités par Véronique dans son atelier de création de meubles à Ans. Après avoir travaillé un peu partout à l’étranger, c’est finalement entre la Belgique et le Québec qu’elle a décidé de lancer Wood Wapiti, une marque qui sent bon le bois naturel, l’authentique et l’amour du travail fait “main”. Rencontre avec une entrepreneuse qui n’a pas froid aux yeux et ne croit qu’à la passion comme moteur d’une entreprise.

 

KoalaBoox (KB) : Wood Wapiti… je ne suis pas zoologue professionnel, mais ça sonne assez canadien ce nom, non ?

Véronique Gobin : Effectivement, le Wapiti n’est pas une sous-espèce de sanglier ardennais mais bien un grand mammifère du Nord canadien. A ne pas confondre avec le Caribou, qui a des cornes très larges et une bosse devant. Le wapiti ça ressemble plus à un cerf. Pour anticiper ta question suivante, le choix du Wapiti pour illustrer mon entreprise vient du fait que je suis belgo-canadienne. J’ai créé Wood Wapiti au Canada, et maintenant j’ai une sorte d’antenne en Belgique, mais avec toute la compta et les papiers qui vont avec (rires) !

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logowoodwapitiLe “Wood Wapiti” de Véronique

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KB : Wood Wapiti ce n’est pas ta première entreprise ?

VG : Alors là, pas du tout ! J’ai travaillé longtemps dans la mode à Bruxelles, Paris, New-York et Sao Paolo au Brésil. J’avais une société de mannequinat qui tournait bien. Puis le 11 septembre et la crise de 2008 ont rendu le climat des affaires de plus en plus difficiles, surtout pour les petites agences. Et puis entre nous, je me suis dit que c’était peut-être un signe qu’il était temps de se lancer dans autre chose. J’ai migré au Canada où j’ai pu utiliser mes compétences de voyageuse pour travailler dans l’import-export.  Puis j’ai ouvert et tenu un resto au Québec.  Et finalement je me suis tournée vers une autre passion, le mobilier et le travail du bois. Je fais de la création de meubles parce que cela me passionne.

vgKoalaboox

KB : Waw, pas mal ça, et varié !

VG : Aujourd’hui la société veut absolument créer des experts en tout, du coup cela décourage les jeunes de suivre leur passion, voire d’en changer lorsqu’ils souhaitent le faire. Ils ont peur de se retrouver déclassés, de perdre une légitimité dans un domaine. Ça tue l’initiative dans l’œuf et je trouve ça dommage. J’ai toujours suivi mes passions et envies selon le moment présent. Peu importe si je passe du mannequinat, à la restauration puis au mobilier. Ce sont mes clients qui jugeront la qualité de mon travail.

Wood Wapiti et l’économie locale

KB : Tu vends donc du bois canadien ? Les clients sont sensibles à la provenance du bois pour leur meuble ?

VG : Deux fois non ! Malgré sa consonance canadienne, Wood Wapiti n’utilise que du bois belge, principalement issu des forêts ardennaises. Je ne travaille qu’avec des matériaux locaux. Maintenant je crois que sincèrement qu’en bout de course, les clients restent terre à terre. Ils aiment ou n’aiment pas, puis ils achètent. C’est un plus de savoir que le bois est local, mais pas un argument de vente.

bois naturel Wood Wapiti

KB : L’économie locale, ça te parle ? Tu en penses quoi ?

 VG : Pour moi tout mon commerce est local. J’aime ça. Je pense qu’aujourd’hui il faut revenir à cette notion de « local ». Humainement, tu connais les gens avec qui tu travailles. Il y a une relation qui se crée avec les fournisseurs et les clients. Cette relation est indispensable pour ma santé financière et mentale (rire).  Aujourd’hui tout le monde veut changer le monde, mais je pense qu’il faut d’abord changer autour de soi. C’est le premier pas.

KB : Et puisque c’est à la mode, et que Wood Wapiti est une sorte de pont entre le Canada et l’Europe, par rapport au CETA (Traité d’échange commercial entre le Canada et l’Europe), tu le sens comment ?

VG : Je suis belgo-canadienne, mais pour moi le CETA, c’est un danger. Tu dois pouvoir garder un contrôle sur les flux et les activités. Mais le Canada est devenu, selon moi, trop proche du modèle de développement américain.  Le Canada a une image à l’étranger de gens sympas, amis de la nature. Mais Harper (ancien premier ministre canadien) était très conservateur et quasi américain. Regarde ce qu’ils font avec les schistes bitumeux (traitement pétrolier très polluants-,…  La culture canadienne est très différente de la culture européenne. Je le sais pour avoir travaillé longtemps avec eux.

KB : Se lancer et créer son affaire, ça demande un peu de préparation tout de même, non ? Tout à l’air facile dit comme ça.

VG : Je crois que j’ai ça dans le sang, l’entrepreneuriat. Pratiquement dans tout ce que j’ai commencé, à la base, je n’y connaissais rien. Je n’avais pas de réseau ou les qualifications professionnelles requises.  Être indépendant, c’est à la fois être CEO, mais faire du porte à porte en même temps pour vendre ton bazar.

KB : Pour revenir à Wood Wapiti, tu crées donc des meubles en bois, mais pas du tout menuisière à la base ?

VG : Non, je me suis lancée dans la création de meuble par amour pour le design d’intérieur et le travail, le contact avec les matériaux naturel, surtout le bois vous vous en doutez. Mais avec un peu de pratique, ça vient vite. Puis les idées ce n’est pas ça qui me manque donc je peux répondre à des demandes spécifiques de clients, pour des meubles sur mesure.

Koalaboox

table_standKoalaboox

KB : Et dans tout cela, tu assumes ton choix d’entrepreneur, donc tu as sûrement envie de partager avec nous ton meilleur moment ?

VG: J’ai besoin d’être libre. J’ai envie de faire les choses que moi je veux. Je sais que c’est relatif, je suis parfois enchaînée à mon boulot. Si tu as des idées ou des passions, si tu n’es pas un expert, tu vas apprendre 10 X plus vite. Je préfère quelqu’un qui ne sait pas mais qui veux apprendre que l’inverse. Tu as vu les premières tables que j’ai faites ? Vaut mieux pas… Mais elles ont toujours été faite avec le cœur. Le bore-out au moins je suis sûr que je ne le risque pas.

 

 

KB : Pour terminer, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer comme entrepreneur dans ton domaine ?

Voici un conseil aux entrepreneurs qui se lancent : Ne négligez pas votre réseau ! Et pas seulement pour la vente. Au contraire, pour vous améliorer et être au fait des nouveautés et attentes de votre public. En plus, avec un bon réseau, vous pouvez échanger avec vos pairs et décharger une partie de ce que vous avez sur le cœur. Parfois votre entourage ne peut pas le comprendre. C’est aspect est très important pour tenir le coup dans les moments difficiles.  J’ai rencontré trop de jeunes entrepreneurs, submergé par leur travail. Du coup ils s’isolent et se retrouvent rapidement « hors système ». Sinon, comme dans tout business, il faut s’armer de patience, de volonté et surtout agir avec passion et intégrité. On tient le coup seulement comme cela. Il y a toujours le moment qui te booste, un bon client, un compliment et hop tu tiens le coup et tu es heureux de continuer ton chemin.

Wood Wapiti Koalaboox Jonathan AvauCrédits Photos : Koalaboox & Wood Wapiti

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