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« Les entrepreneurs ont besoin de soutien à tout moment, pas seulement à leur lancement »

Alors que les structures d’aide au démarrage pour les indépendants se multiplient en Belgique, le Centre pour Entreprises en Difficultés (CED) de BECI a pour mission d’aider gratuitement les entrepreneurs actifs faces aux nombreuses difficultés qu’ils peuvent rencontrer. Missions, profils, évolutions, Olivier Kahn coordonnateur du CED nous dit tout.

 

CED_BECI_Koalaboox

 

Fragilités internes, vision à trop court terme, problème de gestion financière ou juridique, climat économique difficile, la liste des problèmes pouvant venir perturber une activité est longue, très longue… mais on va s’arrêter là pour le moment. Ces contraintes, les entrepreneurs les subissent quasi quotidiennement, parfois au point de risquer la faillite pure et simple. Contrairement aux grandes entreprises qui disposent de structures appropriées leur permettant d’anticiper les problèmes ou de corriger à temps les dysfonctionnements, les indépendants sont souvent bien démunis face aux problèmes structurels.

Nous avons rencontré Olivier Kahn, coordonnateur du Centre pour entreprises en difficulté (CED), dont la mission est justement de venir en aide aux entrepreneurs en difficulté, afin d’en savoir un peu plus sur les missions du Centre, petit observatoire de l’entrepreneuriat en soit, et de l’évolution des profils et problèmes rencontrés.

 

Olivier_Kahn_Koalaboox_Mons

 

KB : Bonjour Olivier Kahn. Pour commencer, pourriez-vous d’abord nous dire ce qu’est le CED et quelles sont ses missions ?

OK : Le Centre pour Entreprises en difficulté (CED) est né d’une initiative de BECI (Brussels Enterprises Commerce and Industry– anciennement Chambre de Commerce et d’Industrie de Bruxelles) avec l’appui financier de la Région de Bruxelles-Capitale. Le CED est ouvert gratuitement à tout entrepreneur bruxellois, quel que soit le secteur d’activité. Il ne faut pas être membre de BECI pour profiter des services du CED, sa mission étant avant tout citoyenne.

La mission du CED est d’aider les indépendants et chefs d’entreprise à faire le point sur leur situation professionnelle et à trouver de nouvelles pistes de solution quant aux problèmes qu’ils rencontrent : mésentente entre associés, conflits commerciaux, difficultés de trésorerie, problèmes juridiques, soucis de personnel, etc.

Car oui, on parle beaucoup d’aide à la création d’entreprises, mais on oublie un peu vite que, passé le cap des premiers mois/années, les difficultés persistent. L’entrepreneur, même après 10 ans d’activités, n’est jamais à l’abri de problèmes ou d’un risque de faillite.

 

KB : Comment ça se passe concrètement une aide au CED ?

OK : Après une première prise de contact par mail ou téléphone, nous fixons un rendez-vous avec un consultant « senior » (ancien comptable, banquier…). Il va écouter l’entrepreneur, analyser la situation et poser un diagnostic sur le problème. Le consultant va conseiller l’indépendant sur la démarche à suivre et l’orienter vers des bonnes personnes (avocat, comptable…) qui vont l’aider à aller plus loin dans sa recherche d’une solution.  Attention toutefois, ces dernières ne vont pas faire le travail elles-mêmes. Elles conseillent, mais ne vont pas, par exemple, refaire un plan comptable ou entamer une démarche judiciaire pour le demandeur. Celui-ci effectuera ces actions, puis le CED fera des recommandations sur la démarche réalisée.

En résumé : Diagnostiquer, informer, orienter !

 

CED_comic_2_Koalaboox

 

Les risques d’une entreprise à la mi-vie

 

Olivier Kahn et le CED tiennent à rappeler les risques à mi-vie couru par les entrepreneurs. Aujourd’hui, le politique et les médias parlent beaucoup des risques au lancement, mais après ? Après tout n’est pas rose, loin de là, même après avoir franchi les premières années décisives depuis le moment de création.

Les principaux problèmes identifiés sont :

  • 1. La rupture de trésorerie ;
  • 2. Les incidents juridiques (baux, contrats/concurrence, responsabilité) ;
  • 3. Un mauvais (re)positionnement stratégique ou trop tardif ;
  • 4. Des mauvaises exécutions de calendrier.

A (re)lire – L’univers des entrepreneurs, une galaxie pas si lointaine

 

KB : Les missions du CED ont-elles évolué depuis sa création ?

OK :  Le CED a plus de 10 ans, ce qui veut dire qu’il a été créé avant la crise (de 2008, ndlr) et que les problèmes que nous cherchons à solutionner sont structurels et bien antérieurs à cette fameuse « crise » coupable de tous les maux.

Nous avons connu 3 évolutions majeures dans nos services depuis la mise sur pied du CED.

  1. 1. Au niveau de l’accueil, nous avons mis en place une sorte de « sas » d’accueil important, c’est-à-dire une consultation avec un « senior ». A deux, ils vont élaborer un diagnostic du problème, avant de le mettre en contact direct (si nécessaire) avec un ou plusieurs experts (avocats, comptables…). Il y a donc une première vraie phase d’écoute indispensable qui est organisée au préalable ;
  2. 2. La phase de compétence: Le but est d’améliorer les compétences des entrepreneurs (surtout au niveau digital aujourd’hui) afin de lui permettre d’être mieux armé faces aux nouvelles exigences du marché, des clients, des partenaires… et d’anticiper au mieux de futurs problèmes ;
  3. 3. L’adaptation aux profils des nouveaux entrepreneurs : Il y a 10 ans, on va dire que l’on ne recevait que les « cas sociaux » économiques au Centre. Aujourd’hui, nous recevons des personnes de tous les secteurs, de tous les âges, de toutes les formations et expériences possibles. L’accueil doit donc être bien différent !

Pour vos donner une idée de grandeur, à l’heure actuelle nous suivons à peu près 2000 cas par an sur Bruxelles.

 

CED_comic_Koalaboox_Vanneggob

 

KB : Et en quoi les entreprises demandeuses, ont-elles évolué dans leur profil ?

OK : Les profils se sont profondément diversifiés. Avant on ne parlait qu’à des personnes indépendantes, issues d’un milieu d’indépendants et qui n’évoluaient qu’entre indépendants. Aujourd’hui la situation est plus « saine », si je peux le dire comme ça. Les mentalités des entreprises ont évolué, les profils se sont multipliés (étudiants, jeunes, pensionnés, femmes…). Bon, je ne vous cache pas qu’en terme de diversité, on reste dans les derniers d’Europe, puisque l’on garde malgré tout un système de salariat très confortable qui pousse moins à l’entrepreneuriat, mais ça change, et en bien.

 

KB : Vous avez un exemple de « nouveaux » métiers que vous voyez arriver au CED ?

OK : Prenez les avocats. Ils sont plus de 7000 à Bruxelles, et, contrairement à une idée reçue, ils ne travaillent pas tous dans de prestigieux cabinets du Sud de la capitale. La plupart sont indépendants, ont étudié le droit, mais n’y connaissent pas grand-chose en gestion et sont forts isolés. Je suis étonné que les entrepreneurs  même pour des avocats, ils sont parfois souvent très mal préparés (vieux contrats copié-collé, mauvaises mises à jour…) qu’ils soient  Même constat avec les architectes, les cuisiniers, les transporteurs…

 

A (re)lire : Entrepreneurs, vous êtes le produit de l’évolution

 

KB : De votre expérience, quels sont les pièges à éviter pour limiter les risques de se retrouver dans une situation délicate en tant qu’indépendant ? 

OK : Voici 3 pièges récurrents que je vois régulièrement :

1er piège : Imaginer que l’on peut faire tourner son business tout seul. Aujourd’hui, ce n’est pratiquement plus possible d’être bon tout seul en comptabilité, en vente, en digital, en droit, en marketing… L’entrepreneur doit travailler en groupe ou au moins mutualiser certaines tâches avec d’autres.

2e piège : Sous-estimer la communication. Le challenge aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’avoir un bon produit, c’est de le faire connaître. Trop d’indépendants sous-estiment l’importance de sortir de leur environnement et de (se) faire connaître dans des réseaux.

3e piège : Les entrepreneurs belges n’ont pas la « culture de l’échec ou du risque ». Ce que je veux dire, c’est que si une personne décide de se lancer, et donc qu’elle considère que le risque en veut la peine, elle n’a en général pas de plan B, pas de scénario-bis. Ça doit fonctionner comme prévu sinon c’est l’échec. Or il faut absolument avoir plusieurs scénarios en main qui permettent d’adapter son activité en fonction des aléas (parfois) imprévisibles.

 

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KB : Quelles doivent être, selon vous, les priorités politiques ?

OK : Je ferai passer le message suivant : La majorité des aides publiques aujourd’hui, sont allouées à l’aide au lancement. Mais quid après ? Quelle aide au redressement ? Si vous regardez les gens qui ont « réussi », dans leur immense majorité, ils ont dû s’y reprendre plusieurs fois. En Belgique, il y a une notion d’excusabilité assez forte et c’est très bien ! Mais sur le terrain ça ne suit pas. Les banques, les fournisseurs, les clients… n’ont pas encore cette culture. Au niveau des administrations européennes, c’est pire, aider une entreprise en difficulté, c’est considéré comme de l’aide illégale, du subside ! Ce n’est vraiment pas un bon signal.

Du côté politique belge ça commence à bouger. Pour terminer je vous donne un exemple concret : le projet Re-start de la BECI.

 

Illustrations : BECI, CED, Kahn & Vaneggob

 

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