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« Mon secret ? Avoir la maîtrise totale sur mon produit »

Vincent Bastin est créateur et associé de StarsMade, société spécialisée dans la vente de vêtements « Hoodies ». Entre deux tournées, cet entrepreneur liégeois atypique, persévérant et voyageur a accepté de nous rencontrer à Bruxelles le temps d’un petit-déjeuner. Portrait de celui qui habille désormais fans de sport et clubs estudiantins à la mode « US », mais toujours avec sa « Belgian touch’ ».


KoalaBoox
 : Hello Vincent, comment vas-tu ? Tu as l’air hyper chargé, tu pars en randonnée ?

Vincent Bastin : Ne m’en parle pas, c’est la rentrée et là je suis en tournée, ou randonnée si tu préfères, des associations étudiantes de tout le pays. Je dois m’assurer que les livraisons de leurs pulls facultaires arrivent bien. En plus ce matin, j’ai un container à réceptionner à l’entrepôt. Ah oui et je dois aussi préparer la soirée de présentation de la nouvelle collection… bref tu le vois c’est bien rempli. Mais bon là j’ai besoin de mon petit déjeuner donc, stratégiquement, je suis dispo tout à vous, là maintenant.

 VIncent Bastin StarsMadeVincent et Daniel Van Buyten en pleine séance de dédicaces de « Hoodies »

 


StarsMade, une étoile qui file

 

 


starsmade-logo

 


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 : Entre les collections pour l’Euro 2016, la rentrée académique… ça tourne bien pour StarsMade, on vous voit un peu partout. J’imagine que pour en arriver là, il y a un long parcours d’entrepreneur derrière toi.

VB : Houlà oui, on peut remonter assez loin en arrière avant StarsMade. Je vais faire un topo assez vite car il y a beaucoup de choses à dire et je ne veux pas perdre le lecteur en cours de route (rires). J’ai étudié à Eupen puis fait HEC (Haute Ecole de Commerce, ndlr) à Liège. Comme un paquet d’étudiants sortis de HEC, je suis parti travailler dans une banque au Luxembourg et comment dire, c’était heu…


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 : Ennuyeux ?

VB : Disons que c’était bien payé mais j’avais zéro liberté, zéro marge de créativité dans mon travail. Bref je ne suis pas resté là bien longtemps et je suis parti de l’autre côté de l’Atlantique. J’ai travaillé un an pour la chambre de commerce américaine de Pittsburgh (Pennsylvanie, USA) auprès des entreprises américaines souhaitant développer des activités avec la Belgique. Là-bas j’ai adoré côtoyer cette culture des affaires et cette volonté omniprésente d’entreprendre.

 

KB : C’est à ce moment que, disons, la graine a germé ?

VB : En quelque sorte, en rentrant en Belgique j’ai lancé BEMA, ma boîte d’organisation d’événements pour les sociétés, genre team building.  J’ai arrêté assez vite et j’ai bossé un temps chez BEA à Liège. En tant que commercial j’ai pu voyager un peu partout, en Scandinavie, en Europe de l’Est, Allemagne, Israël… Très formateur pour apprendre à travailler avec d’autres cultures. En plus j’ai suivi en parallèle un DEA en commerce international à Liège et… j’ai lancé StarsMade.


StarsMade
A son lancement, StarsMade s’occupait de la gestion marketing de sportifs


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 : Tu avais donc un bon bagage pour te lancer dans la création de vêtements ?

VB : Oui et non. Surtout qu’au début, avec StarsMade, je gérai l’image marketing de sportifs de haut-niveau. Ce n’est que progressivement que j’ai glissé vers les vêtements sportifs et « hoodies ». Et puis bon, je ne t’apprends rien, mais même en pensant avoir déjà pas mal d’expérience, je m’en suis encore pris plein la figure en me lançant…

 

KB : Quand on n’y connaît rien, ce n’est pas dangereux de se lancer ?

VB : C’est vrai, mais au fur et à mesure de l’évolution de mes activités, j’ai rencontré des gens, des bons et des c… finis, et j’ai fini par apprendre. J’ai eu un déclic quand j’ai vu les marques de fringues qui cartonnaient en boutique mais qui finalement restaient très impersonnelles. Du coup je m’en suis inspiré tout en proposant cette personnalisation qui rend les gens exclusifs.


Hoodies fans belgian team StarsMade
Les “Hoodies” sportifs, la renommée de StarsMade

 


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 : Et ça a marché ?

VB : Pour le moment oui, je croise les doigts. Un atout d’entrepreneur : c’est d’être très observateur et de ne jamais avoir d’idées préconçues. Je regarde ce que les gens portent au jour le jour, je vais régulièrement aux salons à Paris et Florence pour voir les tendances générales. L’avantage d’une petite société comme la mienne, c’est que je peux m’adapter très vite car je n’ai pas de stock.


De l’art de devenir maître de son produit

KB : Du coup il faut combien de temps pour faire produire un vêtement personnalisé ?

VB : De la création stylistique à la production, puis l’envoi : entre 6 à 8 semaines. C’est un délai beaucoup plus rapide qu’une marque classique de vêtement, mais pour la même, voire de la meilleure qualité.


Demo_pulls_colleges
Présentation des nouvelles collections aux associations étudiantes

 


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 : Ton secret ? Enfin si tu acceptes de nous le livrer, ça reste entre nous.

VB : Entre toi et moi ? C’est sûr ? Ce que j’ai découvert en pratiquant le métier et qui je pense est valable pour presque tout : C’est la maîtrise presque totale de ton produit, de la création, à la production, en passant par la distribution et les retours de tes clients. J’ai connu pas mal d’entrepreneurs qui ont perdu pieds car ils ne maîtrisaient pas certains de ces éléments. Du coup ils restent tributaires d’aléas extérieurs dont ils n’ont pas la maîtrise… et parfois ça casse.


Vente StarsMade
Vente au détail

 


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 : Dans ce cas, considères-tu StarsMade comme un acteur d’économie locale ?

VB : Tout à fait. Ça peut faire sourire quand on sait que je fais produire mes vêtements en Asie, mais aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, qu’est-ce que cela veut encore dire : local ? Je connais personnellement mes producteurs, je vais régulièrement les rencontrer, nous sommes en contact quasi quotidien. Bref, je suis à même de répondre à toutes les questions de mes clients sur l’origine et la qualité de mes produits.   Ici, en Belgique, je travaille avec Axodis, une société basée à Limal qui forme et emploie des personnes handicapées. Ils assurent toute la partie réception et emballage avant envoi final au client.

 

KB : Tu utilises des matériaux bios et équitables ?

VB : Oui dès que c’est possible. Je peux m’adapter facilement aux exigences des clients, même si je fais produire une partie à l’autre bout du monde. Pour gagner en visibilité, je cherche à présent à les faire labelliser et à augmenter mes exigences en termes de critères éthiques et environnementaux. Ce qui est justement faisable lorsque vous maîtrisez la chaîne de votre produit.


« J’ai développé un 6e sens »

KB : Est-ce que tu as un conseil à donner aux (futurs) entrepreneurs ?

VB : Soyez persévérant. En six ans, j’ai failli abandonner plein de fois. Il y a des jours où l’on te met tellement de bâtons dans les roues que tu te mets à croire à un complot sur ta personne ou ta boîte. Mais après les années tu gagnes tellement d’expérience que tu en sors renforcé. Tu as un bon carnet d’adresse, un bon réseau, tu développes un 6e sens pour flairer les bonnes affaires et anticiper les problèmes. Tu apprends à ne pas faire trop confiance à des proches, car même s’ils sont de bonne volonté, ils sont moins fiables comme ce n’est pas leur business. Toi, c’est ton gagne-pain, donc tu es à fond dedans.


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 : Tu as des exemples « d’erreurs », de cas d’école que tu as commis avec StarsMade ?

VB : Oh j’en ai plein. Disons une des plus importantes et trompeuse, car tu ne mets parfois que plusieurs mois, voire années pour t’en rendre compte : c’est le calcul des marges. Au début pour faire des affaires et se faire connaître, l’entrepreneur a tendance à vendre au prix le plus bas, en se faisant des marges minimums, juste pour être rentable. Résultat : tu bosses, tu bosses, tu bosses, et tu restes à peine à flot. Tu ne peux pas croître et au moindre couac, tu es coincé. Dès le début s’assurer de bonnes marges est important. Ne pas savoir combien on va gagner, mais combien on peut gagner. Il vaut mieux vendre moins, mais mieux, même si c’est difficile à admettre « intellectuellement » au début.


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 : Merci beaucoup Vincent. Pour terminer notre entretien : comment peut-on sentir si l’on a, comme toi, l’âme d’un entrepreneur cachée quelque part en soi ?

VB : Sens si tu as l’envie de créer et de faire des choses pour toi. Si tu as envie de jouir d’une liberté d’action. C’est très important pour moi. Dans mon cas je bouge tout le temps, j’apprends tous les jours, je touche à tout : de la compta à l’emballage des vêtements. Ça peut paraître relatif cette liberté, quand on voit tout ce qui tombe et les difficultés qui lient les indépendants. Mais au final, c’est quand même toi qui prends les décisions et qui influence ton travail. Et puis tu gardes une sécurité dans le sens que tu es maître de ton destin. Ici, il n’y a pas de plafond de verre, et personne ne peut prendre ta place.

Après j’avoue, les heures de sommeil en prennent un sacré coup et sans faire de populisme, bordel, l’étant belge ne pousse vraiment pas à l’entreprise. Heureusement qu’il existe une foule de solutions et d’aide pour faciliter la gestion de l’entreprise. Par exemple Koalaboox, mine de rien, vous m’ôtez tout le pan gestion de factures et une partie d’administratif. Je suis nul en administratif et ça m’aide bien. Ça peut paraître rien comme cela, mais c’est un gros souci en moins et je suis sûr que beaucoup de potentiels entrepreneurs ne se lancent pas juste à cause de la peur de l’administration et les factures.


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Crédits photos : StarsMade

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