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“Produire local, même des lunettes, c’est devenu sexy !”

Nous avons rencontré Fabian Demarche, l’entrepreneur namurois à l’origine de la seule marque de lunettes 100% wallonnes « Mailis Trendy ». L’occasion de revenir sur son parcours d’indépendant et les enjeux de la création locale pour se démarquer de la concurrence internationale.

 

Mailis_Trendy_Koalaboox

Catherine et Fabian, les 2 entrepreneurs derrière la marque “Mailis Trendy”

 

Koalaboox : Bonjour Fabian, pourriez-vous revenir sur votre parcours avant de vous être lancé dans l’aventure « Maïlis Trendy » ?

Fabian Demarche : C’est simple : depuis mes 18 ans, je suis opticien. Hé oui, dès la sortie des études j’ai trouvé ma voie. Vous ignorez sans doute que ça existe, mais j’ai fait une rétho avec spécialisation en cours d’optique, ce qui m’a permis de tout de suite travailler dans le secteur. J’ai fait mes premières armes pendant 2 ans comme employé chez un opticien, puis je me suis lancé comme indépendant et j’ai créé OFD Vision, ma société. Et me voilà !

 

KB : Vous vouliez être indépendant depuis le début ?

FD : J’ai toujours voulu travailler pour moi-même…  Après mes 2 années passées comme employé, j’ai fait le grand saut ! Puis bon… je me suis vite rendu compte de ce que c’était « être indépendant ». C’est être libre, mais à tous les niveaux, même ceux auxquels on ne pense pas ! Tout doit venir de soi-même, on ne peut compter que sur soi : que ce soit pour développer un réseau d’affaires ou se fournir en papier pour l’imprimante, rien ne viendra tout seul… Il faut se bouger sur tous les fronts et accepter au début de ne pas être payé… parfois pendant longtemps.

 

KB : Si vous pouviez faire une action pour améliorer la condition des indépendants en Belgique, laquelle serait-ce ?

Plus valoriser les indépendants. On n’arrête pas de nous dire que nous sommes le moteur de l’économie, les principaux pourvoyeurs d’emplois… mais finalement ça reste toujours aussi difficile comme statut. Ce que le politique donne aux indépendants comme avancées, il le reprend de l’autre main. Pour le moment, le politique aide beaucoup les nouveaux, c’est bien, mais les lâcher d’un coup après 6 mois, 1 ou 2 ans c’est dur, 2 ans ce n’est pas toujours suffisant pour être totalement solide. Pour résumé : On n’a pas le droit à l’erreur…

 

Mailis_Trendy_Koalaboox

Dans l’atelier “Mailis Trendy”

 

KB : Y a-t-il une spécificité à se lancer comme indépendant opticien ?

FD : Il n’existe pas de réseau ou de fédération chez les opticiens, donc se lancer comme indépendant, c’est encore plus l’aventure ! C’est un marché très tendu, presque saturé, surtout avec les grosses chaînes comme Pearl, Afflelou, … Et je peux vous dire que ça devient de plus en plus difficile.

A l’inverse, nous avons heureusement un avantage, propre à notre secteur, c’est que les clients sont encore obligés de venir sur place pour tester et choisir leurs lunettes. On est donc moins « pressés » par le tout « online ».

 

KB : Quelle stratégie avez-vous développé face à la concurrence des grandes marques ?

FD : Après 5 ans passé comme opticien et revendeur j’ai décidé d’ajouter ma propre marque de lunettes à mon catalogue. Comme j’aime tout gérer de A…Z , ça m’a motivé encore plus. L’aspect développement, créatif et innovant m’attirait beaucoup aussi. J’avais envie de sortir de mes limites… et voilà ! En Wallonie je suis pour le moment le seul créateur de lunettes et nous faisons des salons à Paris et Milan et nous vendons à l’étranger, même dans des pays comme le Kenya !

 

KB : Cet aspect « wallon », ou du moins local, ça parle au public ?

FD : Les gens sont de plus en plus sensibles au fait qu’un objet, de la nourriture, voire un service soit conçu localement ou soit belge. Nous sentons fort cette attirance pour le local, parfois devenu plus attractif, plus « sexy », que le label « grande marque » ou « star du show business »…  Nous sommes fiers d’être belges, de produire local, de maîtriser notre production, de garder de la proximité avec les clients, de produire de l’emploi local, c’est important pour nous et nos clients le ressentent et nous le rendent bien.

D’ailleurs nos 150 modèles portent chacun un nom de ville belge. Les clients trouvent ça chouette !

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Glamour et exotique, voici mesdames, messieurs, le modèle “Fleurus“, signed by Maïlis Trendy

 

KB : Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier d’entrepreneur ?

FD : Nous concernant, anticiper la mode et les goûts du public. Lorsque nous sommes en vacances, par exemple, ma femme et moi, nous visitons, nous nous reposons mais surtout : nous observons. Nous nous nourrissons d’idées pour notre profession, notre marque de lunettes. On s’inspire de la mode, on essaie d’être toujours un peu en avance, pour devancer la concurrence, mais pas trop sinon ce n’est pas rentable. Il faut savoir que ça prend des mois de la conception à la production d’un modèle de lunettes.

Cerise sur le gâteau : voir sa marque exposée dans des salons internationaux, achetées dans le monde entier. Quand des gens connus se mettent à porter vos lunettes ou des stars à la télévision, on se dit que l’on a bien fait les choses et que l’on a su trouver, voire anticiper les goûts des gens.

 

KB : Et pour terminer, avez-vous des conseils à donner à ceux ou celles qui envisagent ou hésitent à se lancer ?

FD : Soyez passionnés par votre projet, soyez persévérant face aux difficultés, développer une gestion irréprochable de votre activité ou vous serez dépassés un jour. On respire indépendant, on dort indépendant, les barrières avec la vie privée ne sont pas toujours évidentes.  Mais au-delà de ça je suis convaincu que tout ça rapporte. Montrez qu’il n’y a pas du vent derrière votre produit. Innovez toujours, allez plus loin et ne vous reposez pas sur vos lauriers…

 

KB : Merci Fabian, merci Catherine

 

 

Crédits Photos : Koalaboox & Mailis Trendy