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« Ces indépendants exercent sans doute le métier le plus humain »

Infirmière puis entrepreneuse, Anne-Caroline Ernst se sert des nouvelles technologies pour rendre service aux indépendants actifs dans les soins de santé à domicile. Une petite révolution pour un secteur sous pression appelé à évoluer avec technologies, législations et santé. Le but ultime : conserver un métier où prédomine les relations d’« humain à humain ». Entretien.

 

Koalaboox_Koala_Infigestion

 

Koalaboox : Bonjour Anne-Caroline, donc vous êtes une entrepreneuse qui vient en aide à vos anciennes collègues, les infirmières et aides-soignants à domicile. Qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter votre métier pour créer votre société Infigestion ?

Anne-Caroline Ernst : J’ai commencé ma carrière d’infirmière à domicile, en tant que salariée. C’est en 2013 que je me suis lancée comme infirmière indépendante. Là très vite j’ai été confrontée aux réalités des indépendants : en plus de réaliser son travail quotidien, on doit gérer toute la paperasse administrative, sa comptabilité, son agenda… La plupart des infirmières indépendantes étaient dans la même situation que moi, c’est-à-dire travailler quasiment 7 jours sur 7, courir après les patients ou les remplaçants, gérer toute une activité en laissant sa vie privée de côté. C’est là que je me suis dit qu’il fallait absolument trouver des outils et services d’aide et de gestion pour notre secteur. Voilà comment est né Infigestion !

 

Infigestion_Koalaboox

 

KB : Vous dites qu’il est difficile pour une infirmière de conjuguer vie de famille et vie professionnelle. Pourquoi, de votre expérience, ne restent-elles pas salariées ? Ce n’est pas le travail qui manque…

A-C E : La relation humaine est au cœur de notre métier ! Nous ne vendons pas un service, un bien ou des conseils… Nous proposons des soins ! La motivation des personnes qui deviennent infirmier(ère)s c’est de faire un travail humain. De plus être infirmier indépendant devient une activité de plus en plus valorisante avec des avantages appréciables. La vraie raison, c’est le malaise à l’hôpital. Les infirmiers n’y trouvent plus leur place en tant que soignant. Ils sont victimes d’une gestion hospitalière de type entreprise. Et il ne faut pas se leurrer, l’aspect pécuniaire a aussi son importance.

 

KB : Le nombre de patients nécessitant des soins à domicile ne diminue-t-il pas ?

A-C E : Au contraire. La demande pour des soins à domicile ne cesse de croître. C’est une filière appelée à se développer.

 

KB : Pour quelles raisons ?

A-C E : Jusque récemment, les soins à domicile étaient dénigrés par les patients et les soignants. Pour les gens, il y avait cette image de l’hôpital qui peut tout régler. Pour les professionnels de la santé, c’était perçu comme une activité de « lavage de couches ». Mais aujourd’hui, c’est le côté humain que les patients et les infirmier.e.s apprécient de retrouver. Ne sont-ils finalement pas les indépendants qui exercent le métier le plus humain ? Et puis il y a d’autres facteurs aussi qui jouent comme le vieillissement de la population, l’amélioration des techniques, (particulièrement appréciée des aides soignants masculins) et la pression politique.

 

KB : Que voulez-vous dire par techniques et politiques ?

A-C E : S’il y a une trentaine d’années c’était plutôt le « tout-à-l-hôpital », là où se trouvent les savoirs et la technique, aujourd’hui, les soins à domicile reviennent en grâce. D’abord parce que l’amélioration des techniques permettent un meilleur suivi du domicile et ne nécessitent plus une présence physique constante en hôpital, et puis, ben c’est aussi politique. La 6e réforme de l’état (2012), pousse les gens à dépendre le moins possible du système médical. Le patient sent bien qu’à l’hôpital on tente de le garder le moins longtemps possible. La diminution progressive du temps passé à l’hôpital après un accouchement est sans doute l’exemple le plus connu.

 

Infigestion

Rendre service aux indépendants actifs dans les soins de santé à domicile, le leitmotiv d’Anne-Caroline

 

KB : Quelles évolutions constatez-vous en tant qu’indépendante active dans les soins de santé ?

A-C E : Je remarque, mais je pense que ça vaut pour tous les indépendants, la multiplication des tâches techniques, hors métier, comme la gestion administrative, comptable, les factures, les plannings… Ça ne cesse de croître et ça met les indépendants encore plus sous pression.

En créant Infigestion, j’ai vraiment voulu créer cet outil de coordination entre infirmières qui manquait. Il y a celles qui ont leur propre clientèle et celles qui préfèrent être plus indépendantes au niveau du choix de leurs patients. Par exemple, lorsque ces dernières remplacent leurs collègues lorsqu’ elles partent en congé… Les services sont donc toujours assurés, sans risque de rupture de visites ou de perte de temps pour trouver une Bref on fait gagner du temps, de la sécurité et de la coordination entre les travailleurs indépendants et leurs patients. Vous connaissez bien ça chez Koalaboox, non ?

 

KB :  Et quelle est donc votre satisfaction personnelle en tant qu’entrepreneuse ?

A-C E : Je me suis toujours vue comme une indépendante, jamais dans une structure avec une hiérarchie. C’est la première chose. J’ai toujours eu besoin de faire un travail qui donne un sens, un travail humain. Même en arrêtant les tournées, pour m’occuper d’Infigestion, je prends en charge l’aide à la gestion des infirmières, je leur donne l’occasion de les soulager de leur charge de travail. Je continue donc de donner un sens à mon travail. C’est une vraie satisfaction personnelle d’arriver à monter quelque chose, un challenge accrocheur, et surtout de voir le résultat : une infirmière qui vient me voir avec un grand sourire parce qu’on l’a aidé, ça signifie… Objectif atteint !

 

Infirmière à domicile, un métier exclusivement féminin ?

Anne Caroline Ernst : Vous vous en doutez, les infirmières à domicile sont majoritairement des femmes. Mais le nombre d’hommes est en croissance. La raison ? La charge de travail est de plus en plus importante et physiquement éprouvante. Suite à la 6e réforme de l’état, il y a de plus en plus de soins palliatifs et des matériel médical transférables de l’hôpital au domicile des patients. Mais la manipulation de ce matériel a un poids et un degré de technicité élevé. Je ne dis pas que les femmes infirmières ne sont pas capables d’utiliser ce matériel, loin de là, mais on constate que l’attrait « technique » du métier attire de plus en plus les hommes.

Pour vous donner une idée, sur 30 000 infirmières actives dans la partie francophone du pays, on compte 23.000 indépendantes.

 

Crédits photos : Koalaboox & Infigestion

 

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